Je vais vous avouer quelque chose.
Quand j’étais plus jeune, je voulais être milliardaire, avant mes 30 ans… mais je ne savais absolument pas comment faire.
Vous allez peut-être trouver ça dingue ou mégalo, mais il y a environ une douzaine d’années, avec l’expérience que j’avais accumulée, mes compétences, mon profil, mon réseau et surtout une compréhension beaucoup plus précise de certains mécanismes économiques et entrepreneuriaux, j’ai fini par comprendre ce que je devais faire et comment l’exécuter pour avoir, à mes yeux, une probabilité raisonnable d’atteindre cet objectif dans un délai de 5 à 10 ans.
Je ne parle évidemment pas d’une recette magique, parce qu’il n’existe aucune trajectoire garantissant de devenir milliardaire, mais d’une stratégie et d’une exécution qui me semblaient suffisamment crédibles, adaptées à mes capacités et réalistes pour que je puisse sérieusement envisager de la mettre en oeuvre.
Et c’est précisément quand j’ai compris quoi faire et comment le faire que j’ai décidé de renoncer.
Pourquoi ?
N’y voyez pas une grande décision philosophique sur l’argent, le pouvoir ou le sens de la vie, ni une illumination soudaine m’ayant fait découvrir que l’argent ne faisait pas le bonheur. La raison était beaucoup plus simple et pragmatique : je connaissais maintenant le prix à payer pour cette exécution, et je n’étais tout simplement pas prêt à le payer.
Pas le prix financier, of course, mais le prix humain.
Je savais exactement ce que ce genre de trajectoire demanderait en temps, en énergie, en stress, en disponibilité mentale, en prise de risque, en recrutement, en management, en organisation, en arbitrages permanents, en déplacements et, plus généralement, en capacité à faire passer durant de longues années ce projet, avant tout le reste.
Je gagnais déjà suffisamment bien ma vie pour vivre confortablement, faire les choses que j’aimais, profiter de celles et ceux que j’aime et conserver une liberté que j’avais précisément passé des années à construire.
Je ne voyais plus aucune raison rationnelle d’échanger une partie aussi importante de ma vie, mon bien le plus précieux, contre quelques zéros supplémentaires, même beaucoup de zéros.
J’avais compris comment atteindre l’objectif, mais j’avais également compris ce que cela me coûterait, et le rapport bénéfice/coût était trop défavorable.
Puis il y a eu ces trois dernières années.
Progressivement, mois après mois, j’ai commencé à voir des choses qui demandaient énormément de ressources humaines ou financières devenir plus simples, plus rapides et plus accessibles.
D’abord avec les grands modèles de langage, puis avec les outils capables d’utiliser ces modèles, et enfin avec l’apparition de systèmes agentiques capables non plus simplement de répondre à une question ou de produire du contenu, mais réellement d’enchaîner des tâches, de raisonner sur un objectif, de développer, tester, analyser, chercher, documenter, superviser ou coordonner une partie de leur propre travail.
Et depuis février 2026, mes dernières expériences ont fini par sérieusement ébranler cette conviction.
Mon ambition n’a pas changé, mais ce qui a changé, c’est son coût d’exécution !
Pendant longtemps, il existait une relation presque mécanique entre la capacité d’exécution d’une entreprise et la taille de l’organisation humaine nécessaire pour la produire. Même si j’ai toujours été doué pour faire plus avec moins, un plafond de verre restait présent.
Si vous vouliez multiplier votre capacité de production, de développement, de recherche, d’exploitation ou de support, vous deviez embaucher davantage de personnes, puis embaucher ou promouvoir d’autres personnes pour coordonner ces personnes, créer des processus, des niveaux hiérarchiques, des outils de communication, des mécanismes de contrôle, des réunions, des systèmes de reporting et toute cette machinerie organisationnelle que je déteste, et qui finit inévitablement par consommer elle-même une partie importante de l’énergie qu’elle était censée permettre de démultiplier.
Passer une certaine échelle, vous ne passez plus votre temps à construire des produits, des services, résoudre des problèmes ou comprendre vos clients. Vous passez une votre temps à construire et maintenir l’organisation qui construit le produit, résout les problèmes et comprend les clients.
Et c’était précisément pour cette partie que je n’avais aucune envie de sacrifier dix années de ma vie… Or les systèmes agentiques sont clairement en train de (fra)casser cette relation.
Pour la première fois, la capacité d’exécution n’est plus limité par le facteur humain. Cela peut sembler anodin formulé ainsi, mais économiquement, c’est titanesque !
Une toute petite entreprise peut maintenant disposer d’une capacité de développement, de recherche, d’analyse, d’automatisation et d’exploitation qui aurait nécessité des centaines de personnes il y a à peine un an.
Et compte tenu de la vitesse actuelle d’évolution de ces systèmes, je pense qu’il serait extrêmement imprudent de considérer que nous sommes proches d’un plafond. Même sans évolution, la capacité actuelle des outils vient d’abroger cette limite.
Je ne vous parle pas ici d’utiliser l’intelligence artificielle pour « être plus productif » ou plus efficace, mais de la possibilité de modifier beaucoup plus profondément l’économie de la construction d’une entreprise.
La capacité d’exécution réelle peut maintenant augmenter beaucoup plus vite que le nombre d’humains nécessaires pour la produire. La conséquence ? Les contraintes organisationnelles qui imposaient historiquement une certaine taille minimale pour atteindre une certaine échelle économique sont en train d’être vaporisées.
Est-ce que cela veut dire qu’il devient facile de construire une entreprise valant plusieurs milliards ? *non* !
Il faut toujours trouver ou créer un marché suffisamment important, construire quelque chose qui apporte réellement de la valeur, savoir le distribuer, disposer d’un avantage compétitif suffisamment durable, prendre des risques, prendre les bonnes décisions dans les moments critiques, éviter quelques très mauvaises décisions et, parce que c’est une variable que beaucoup d’entrepreneurs aiment parfois oublier lorsqu’ils racontent rétrospectivement leur histoire… avoir aussi une certaine dose de chance !
L’intelligence artificielle ne supprime ni la concurrence, ni l’économie, ni le hasard, mais elle élimine une partie importante du prix humain que je considérais auparavant comme incompressible.
Et c’est là que, pour moi, la question devient intéressante. Il y a une douzaine d’années, la question que je me posais était essentiellement de savoir si j’étais prêt à sacrifier une partie importante de ma vie pour essayer d’entrer dans le club des trois virgules. Ma réponse était non, mais aujourd’hui, la question est différente.
Est-il désormais possible de construire une entreprise valant plusieurs milliards sans construire parallèlement l’immense organisation humaine qui semblait historiquement nécessaire pour atteindre cette échelle ?
Est-il possible d’utiliser des systèmes agentiques non pas simplement comme des outils supplémentaires dans une entreprise traditionnelle, mais comme une partie fondamentale de son architecture, de manière à obtenir un effet de levier qui aurait été impossible il y a seulement quelques années ?
Et, plus personnellement, est-il possible pour moi de tenter cette aventure sans y sacrifier ma vie familiale, ce que j’aime faire et une santé qui, pour sa part, a déjà suffisamment payé ?
Il y a encore quelques années, j’aurais répondu non sans vraiment hésiter. Aujourd’hui, après ce que j’ai vu et expérimenté ces derniers mois, je ne suis plus du tout certain que cette réponse soit la même.
Et c’est probablement ce qui me fascine le plus dans cette période : nous parlons énormément de ce que l’intelligence artificielle va remplacer, automatiser ou transformer, mais peut-être pas encore suffisamment de ce qu’elle va rendre possible pour des individus ou de très petites organisations qui, jusqu’à présent, étaient mécaniquement limitées par leur capacité humaine d’exécution.
Une entreprise composée de quelques personnes, entourées de systèmes agentiques capables d’exécuter une part considérable du travail intellectuel et opérationnel, pourrait-elle demain disposer d’une puissance effective comparable à celle d’une organisation de plusieurs centaines de personnes ?
Je le crois. Et si la réponse est oui, jusqu’où peut aller cette asymétrie ?
Depuis quelques mois, je me surprends à rouvrir mentalement un dossier que j’avais fermé depuis longtemps : la course aux trois virgules ! (ceux qui ont la ref comprendront)
Pas parce que j’ai soudainement besoin d’un milliard : quelques millions me suffisent, ni parce que l’objectif aurait acquis avec l’âge une importance particulière… Mais parce que je commence à me demander si l’expérience que j’avais refusée autrefois pour son coût n’est pas devenue, douze ans plus tard, une expérience complètement différente.
Alors, vais-je finalement décider de me relancer dans cette course ? Ma décision est imminente. :)
Pendant longtemps, je me suis demandé si j’étais prêt à payer le prix pour entrer dans le club des trois virgules.
Aujourd’hui, la question qui me trotte dans la tête est de savoir si ce prix à payer existe encore !
Bonne soirée à tous.
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Christophe Casalegno (retrouvez tous mes réseaux sur : all.bo)

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